L’adoration des MagesGiovanni Battista TIEPOLO (Venise 1696 – Madrid 1770),

L’adoration des Mages

1753, huile sur toile, 408 x 210,5 cm, Munich, die alte Pinakothek

Il s’agit d’une œuvre de maturité. En effet, Tiepolo, peintre vénitien né en 1696, a reçu des commandes comme artiste indépendant dès 1717. Il devint rapidement l’un des artistes les plus recherchés de la Sérénissime, où il réalisa principalement des fresques pour les palais et églises. Il travailla à Wurzburg (Bavière) et à Vincence (Vénétie), puis fut élu président de l’académie de Venise, de 1756 à 1758. Sa renommée avait par ailleurs grandi et lui amenait des commandes de l’Europe entière, notamment des cours royales de France, Angleterre et Russie. Il mourut en 1770 à la cour royale espagnole où il travaillait depuis huit années.
Cette œuvre, une commande exécutée pour le couvent de Schwarzach (Basse-Franconie), a été acquise en 1804 par le musée, au titre de la sécularisation des biens du clergé.

Le tableau propose donc une adoration des mages. Le moment représenté est celui que décrit saint Matthieu : « Entrant alors dans le logis, ils virent l’enfant avec Marie sa mère, et, tombant à genoux, se prosternèrent devant lui ; puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. ».

Au tout premier plan, le sol rocailleux est jonché de branches séchées, d’un fragment de roue en bois et au milieu, une pierre porte la signature du maître. A l’extrême gauche, semblant entrer dans le tableau, un homme de type africain vu de trois-quarts nous tourne le dos. Son allure majestueuse, un poing posé résolument sur la hanche, et la richesse de ses atours, indiquent qu’il est l’un des mages. Il regarde le centre du tableau et y mène nos regards. Il regarde, au second plan, un enfant nu assis sur les genoux d’une femme au visage très doux, vêtue d’un ample manteau bleu, la tête couverte d’un épais voile blanc. La Vierge est assise au sommet d’une volée de marches sur lesquelles sont agenouillés un jeune homme à droite et à gauche, un vieil homme à la barbe blanche et au front dégarni. Ses mains sont jointes et son cou tendu vers l’enfant, qui écoute la prière qu’il semble lui adresser. Derrière ce mage au splendide manteau de soie blanche, se presse le troisième roi. Couronné, cet homme encore relativement jeune a l’air de contempler la mère et l’enfant dans une méditation silencieuse. Derrière lui se tiennent les gens de leur suite, dont l’un tend un vase, contenant sans doute la myrrhe, sur la gauche. Enfin au troisième plan, Joseph surveille la scène, dressé derrière la Vierge, dans une attitude évoquant la surprise. La pauvreté de son habillement contraste avec la magnificence des mages, mais s’accorde avec la misérable masure à l’entrée de laquelle il se trouve. Le toit de chaume est éventré et la demeure est ouverte à tous les vents. En haut à gauche, deux anges se joignent à l’adoration, juste en dessous de l’étoile à demi cachée par la toiture.

Le vide du premier plan, accentué par le grouillement des serviteurs aux 2e et 3e plans, permet de mettre en scène la Vierge. Elle trône, majestueuse, telle une reine, et présente aux trois rois son fils. Elle semble ailleurs, comme si elle ne réalisait pas l’invraisemblable de la situation, contrairement à Joseph, qui exprime sa surprise. Sans doute est-elle encore dans l’attitude décrite par saint Luc, « elle conservait avec soin tous ces souvenirs et les méditait dans son cœur », à la suite de l’adoration des bergers. L’enfant est lui très attentif aux attentions que lui sont témoignées. Une lumière très forte, venue de la droite, l’éclaire et fait ressortir la blancheur de sa chair. Tous les personnages du tableau sont tournés vers lui et le jeu des regards nous porte à le contempler aussi. Il est le roi des rois, recevant, au milieu de son indigence, de grandes richesses. Mais ces trésors gisent sur les marches et l’enfant n’y prend pas garde, occupé à recevoir l’hommage de ces mages venus d’Orient, qui symbolisent le monde païen, que le Christ est aussi venu sauver.